Voici le quatrième volet du voyage en cyclotourisme qu'a réalisé ma collègue Marie-Claude. Si vous avez manqué les précédents, rendez-vous ici.
E.P. : Parle-nous de tes coups de cœur, des endroits que tu as particulièrement aimés.
M.-C.D : Jérôme cherchant toujours sa mandoline de rêve, il aurait été fâcheux de passer à côté de Nashville, considérée comme le berceau de la musique country. En direction du Mississippi, nous avons roulé sur la Natchez Trace Parkway. Située entièrement à l’intérieur d’un parc national, cette route longue de 715 km était autrefois utilisée comme transit par les Indiens d’Amérique et explorateurs européens. Les marqueurs installés tout au long de la route relatant plus de 10 000 ans d’histoire américaine incitent les rares passants admis à prendre leur temps.
À sa façon carnavalesque, la Nouvelle-Orléans s’est avéré être une autre expérience urbaine divertissante et musicalement très stimulante. La décision de faire un détour de cent miles pour atteindre le golfe du Mexique est l’une de ces décisions prises à brûle-pourpoint. Il faut dire que la direction du vent nous incitait à aller encore plus au sud. Au-delà des célèbres bayous, les paysages ravagés qui défilaient reflétaient les restes des trois ouragans qui ont frappé la région. C’était beau, mais triste en même temps.
E.P. : As-tu fait de belles rencontres sur la route ?
M.-C.D : Notre décision de ne pas suivre les itinéraires suggérés par Adventure Cycling (les cartes routières qu’ils produisent étant vraiment dispendieuses) a fait en sorte que nous n’avons pas croisé beaucoup d’autres cyclistes. Les résidants des petits villages affichaient souvent un air surpris en nous voyant débarquer. Certains d’entre eux n’avaient jamais vu un tandem de leur vie. Ils ne pouvaient pas concevoir qu’il soit possible de faire autant de chemin à vélo. Souvent, les gens nous offraient de planter notre tente sur leur terrain, tout bonnement.
C’est à Fredericksburg au Texas que nous avons rencontré le plus de cyclistes. Le fait que Lance Armstrong ait un ranch dans les environs et qu’un certain Président ait décidé, il y a longtemps, d’asphalter 500 miles de chemins de campagne contribue certainement à la popularité de l’endroit auprès des cyclistes. Nous y sommes restés deux jours. Libérés du poids des sacoches, nous avons roulé avec des cyclistes sérieux et d’anciens pros. Au-delà de la beauté des paysages et de la qualité des routes (et des cafés !), je garde de très bons souvenirs des conversations échangées avec tous ces vrais passionnés de vélo.
Les rencontres sont parfois difficiles à provoquer dans les grands centres urbains. Dans notre cas, une exception à la règle s’est produite à Nashville lorsqu’une dame nous a offert son hospitalité. Quand nous avons aperçu la majestueuse demeure qui correspondait à l’adresse qu’elle avait inscrite sur un bout de papier, nous pensions nous être trompés d’endroit. Dès lors, nous avons compris que nous ne passerions pas la nuit dans notre tente. Nous avons été accueillis comme des rois par cette famille exceptionnelle. En regard à leurs convictions et croyances, ces gens-là étaient différents de nous. Républicains et chrétiens pratiquants, ils priaient avant les repas et demandaient à Jésus de nous protéger. Ils étaient d’une extrême générosité et nous voyaient comme une réelle bénédiction. Même en considérant toutes ces différences, les barrières tombent devant une telle grandeur d’âme.
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